Musique andalouse : La légende de Moulay Ahmed Loukili

Né en 1909 à Fès, Moulay Ahmed Loukili apprend d'abord la musique auprès de son père Med  ben Hassan  ben Idris Loukili Hassani, puis en auditeur libre à la qarrawiyyîn où il rencontre ses premiers maîtres, Mohamed Zahi Berrada connu sous le nom Tachor Berrada qui lui enseigne le luth, Mohamed Ayyoush et Abdelkader Kourrish qui l'initient au répertoire des san'at.

Mais ses vrais maîtres seront les maîtres Mohamed ben Abdesslam el-Brihi et Mohamed ben Driss al-Mtiri, qui rendront d'ailleurs hommage à son talent une fois qu’il a terminé l’apprentissage des 11 noubas. Moulay Ahmed Loukili fait partie de l'orchestre d'al-Brihi à Fès en compagnie de Othman Tazi, Med adi, Azzouz Bennani, Ghali Chraïbi et Driss Smiress.

En 1936, il repart pour Tanger  à cause de ces prises de position contre le protectorat. Il fonde en 1940 à Tanger l'association Ikhwan al-fan (les frères de l'art) qui organise des concerts et assure un enseignement musical. Il rencontra son futur et prestigieux disciple Mohamed Ben Larbi Tamsamani.

Durant son instance à Tanger, Moulay Ahmed se rendait trois jours par semaine à Tétouan pour enseigner au conservatoire de musique de la dite ville. C’était pour lui une grande occasion pour apprendre lui aussi  un grand nombre de san’at préservés exclusivement à Tétouan et Chefchaouen.

En 1947, My Ahmed est revenu à Fès où il constitue un nouvel orchestre avec l’encouragement de plusieurs amateurs de la ville comme Med ben Abdelkrim Lazrak et Hadj M’hammed Benmlih. L’orchestre comprend entre autre : haj Ahmed lebzor Tazi, Med Massano, Med Bouzoubaa, Med kalkouli et Med Zouiten…

En 1952, My Ahmed est nommé directeur de l’orchestre de la radio du Maroc ou par la suite connue sous le nom de l’orchestre de la radio nationale de la musique andalouse, fonction qu’il assure jusqu'à sa mort à la fin de l'année 1988.

L’orchestre comprend essentiellement au début de 1952 les artistes : Ahmed Chafii (luth), Mahjoub Slaoui (luth), Hbibi Mbiriko ( Rebab), Mohamed Zemmouri (percussion tar), Ghali Khayati, Ghali Chraibi, Sghir el Oufir, Houssin ben Lmekki, Mustaphe el Meknassi, Med ben Khadir Tous jouaient le violon, Omar Oufir (Piano), Ahmed ben Youssef (banjoo), Med Mansouri (clarinette), Haj Med Touad et Med el Mansouri Slaoui( mounchidine).

Grâce à sa vision du patrimoine culturelle arabo-andalous, My Ahmed a pu créer un style propre à lui caractérisé par :
- une interprétation fidèle où les ornements et autres improvisations apparaissent très rarement ;
- L’utilisation et l’exploitation des possibilités acoustiques d’une large gamme d’instruments y compris les tempérés (piano, clarinette…) ;
- Une approche plus rigoureuse en matière de texte (correction des fautes grammaticales, métriques et de prononciation) ;
- La précision du dawr (mètre poétique) ;
- Parfaite utilisation des taratin (syllabes vides complétant le dawr).

Par un constant effort de recherche et d'analyse, il a également fait oeuvre de restauration en exhumant des san'at partiellement oubliées dont il a reconstitué le mètre et certains passages mélodiques.

D’une valeur artistique et culturelle inestimable, la sauvegarde du répertoire des séances enregistrés par My Ahmed depuis 1952 jusqu’à sa mort en 1988 exige des efforts de conservation. La rediffusion des enregistrements en noir et blanc des années 60 et 70 sont considérés comme patrimoine culturelle national. Ils doivent bénéficier d’une rediffusion sur nos chaînes nationales...